Par un beau matin de printemps (Atchoum! Pardon, rhume des foins!), alors que Maliki était en train de scanner un dessin en vue de le compléter sur ordinateur, une odeur agréable vînt lui chatouiller délicatement les narines.
C'était un mélange de miel, de citron et de caramel, le tout relevé par le parfum d'un bouquet garni. Cette senteur venait non pas de dehors, puisque la fenêtre était fermée (on est au printemps, y a du pollen), mais semblait provenir de la cuisine.
Maliki laissa le scanner bourdonner seul dans son coin, et se dirigea grâce à son odorat vers la source parfumée. Elle passa si près de Fleya que cette dernière se mit aussitôt à ronronner comme un moteur. Notre héroïne aux cheveux roses, ne voyant pas son amie Fang dans le salon, se douta qu'elle devait s'activer derrière les fourneaux.
Elle fut surprise car elle n'avait raison qu'en partie : Fang était dans la cuisine mais pas derrière les fourneaux ; c'était Ladybird, qui avait remis sa tenue de cuisinière, composée principalement d'une blouse bleu outremer et d'un tour de cou rouge brique pour éviter que sa transpiration ne vienne arroser les mets. Toutefois Fang était à ses cotés et semblait lui donner des instructions, un livre de cuisine chinoise à la main.
"Ça a l'air bon ce que vous préparez !? Lança Maliki.
-Fang faire la maîtresse comme à l'école, lui répondit la petite asiatique, mais pour cours de cuisine. Lady bonne élève.
-Je pensais qu'elle avait abandonné l'idée depuis la dernière (et première) fois, dit Maliki."
Lady tourna la tête vers elle et lui fit un doux sourire... enfin... disons que son visage montrait un sourire à la manière de quelqu'un qui sourit sans avoir de bouche !
Maliki se pencha au dessus du plat et y plongea une cuillère à soupe qu'elle porta à ses lèvres. Après un dixième de seconde et une moue horrible, Maliki recracha le contenu. Quand elle reprit ses esprits, elle vit Ladybird effondrée de peine, avec la main de Fang sur son épaule.
"...ne t'en fais Lady, parvint à articuler Maliki, tu étais juste en dessous de la dose mortelle de sel... Mais tant que tu ne pourras pas goûter les aliments que tu prépares, ça va être difficile pour toi de cuisiner convenablement."
Ladybird rehaussa la tête, puis se leva d'un bloc. Dans ses yeux on pouvait lire une colère à la fois contre elle-même et contre la nature qui l'avait faite sans papilles gustatives. Elle jeta sa tenue de cuisine au sol, ouvrit la fenêtre la plus proche, et s'envola sans la refermer.
"Hum... Il faudrait faire quelque chose pour elle, réfléchit Maliki.
-Il faut que Lady a une bouche, remarqua Fang. Et odorat aussi servir à cuisiner.
-Je pense qu'il est temps. Je n'étais pas vraiment sûre de moi mais..."
Quelques instants plus tard, dans le laboratoire de la maison de Maliki (en fait, n'importe quelle salle peut faire office de laboratoire tant qu'il s'y trouve une table avec diverses fioles et éprouvettes), notre héroïne aux cheveux rose attrapa son crayon-bâton de magical girl et s'écria :
"Pouvoir du Stylo Bloggique transforme-moi en jolie... Généticienne !!!"
Et dans un halo rose pastel, sa silhouette se changea peu à peu en... Maliki, mais avec une blouse blanche, une paire de lunettes fines et des cheveux bien attachés.
"Je ne t'en ai pas encore parlé, dit-elle à Fang, mais j'ai réussi à récupérer un peu d'ADN de Lady...
-AAAAH!!!! S'écria la petite chinoise. Mali avoir dit saké Lady comme un cow-boy !?
-Mais non je n'ai pas disséqué Lady comme un cobaye ; je lui ai juste prélevé un cheveu.
-Mais Lady être Yu-Hamon ? C'est esprit ou être vivant pour de vrai ?
-Et bien... les Stands représentent la psyché de la personne, son esprit combatif et en fonction de ladite personne, le pouvoir changera (source wikipédia). C'est-à-dire que même s'il s'agit d'une entité immatérielle, elle est capable de se matérialiser, donc elle aura forcément un patrimoine génétique. Logique, non ? Depuis les messages des fans sur le forum, j'ai dû faire quelques recherches... Et j'ai pu décoder son matériel génétique ! Regarde !"
Maliki sortit d'on ne sait où un ouvrage d'à peu près de la taille du livre «Le Meilleur de la pensée universelle» (soit 3,20 mètres de long par 2 mètres de large).
"Ainsi j'ai pu mettre au point une thérapie génique pour rendre Ladybird plus humaine.
-Mais ça être Eugénie ?!
-D'une part on dit eugénisme, et d'autre part je ne vois pas en quoi devenir humain est une tentative d'atteindre l'être parfait... ce serait plutôt une dysgénésie selon moi...
-Pourquoi vous les adultes on comprend pas quand vous parlez ?"
Maliki ne releva pas et appela sa double féline :
"LADY! Lady, j'ai quelque chose pour toi !"
Ladybird refit son entrée par la même fenêtre où elle était sortie (Atchoum! Fermez cette vitre bon sang !).
"Tiens, Lady, fit Maliki en lui tendant une énorme seringue. Voici de quoi te transformer en humaine. Par contre ce produit s'estompe assez rapidement ; son effet aura une durée limitée alors..."
Mais elle n'eût pas le temps de finir sa phrase que Ladybird prit le tube à piston et, malgré sa taille, se le planta avec force dans la cuisse. Le produit mit quelques minutes avant d'agir jusqu'à ce que Ladybird fût prise de crampes dans le ventre, et elle se précipita dans la chambre pour s'enfermer. On entendit des bruits de meubles bousculés, puis plus rien. Fleya alla gratter à la porte et son frère Fëanor se cacha derrière sa maîtresse.
"J'espère que ça a marché, s'inquiéta Maliki. Imagine, Fang : on va pouvoir entendre le son de sa voix !"
Soudain la porte s'ouvrit de nouveau et une femme se tenait devant eux : elle avait les traits de Ladybird mais avec des cheveux roux, des yeux ambre en amande, des lèvres pincées, un nez fin et une peau diaphane. Elle avait toujours ses vêtements, mais avait quitté ses chaussures. C'est alors que les muscles de son visage se mirent en mouvement...
"Attention, elle va dire son premier mot ! Fit Maliki."
Et le premier mot que Ladybird prononça fut :
"ATCHAAA !!!"
Et oui, elle s'était enrhumée à rester en short, avec un si petit haut et les pieds nus. D'accord j'ai dit que c'était le printemps, mais n'oubliez pas qu'on est dans le Nord ! En devenant humaine, elle avait vu diminuer une partie de sa résistance au froid. En revanche elle n'avait pas perdu toute sa force ; l'éternuement était si puissant qu'il avait projeté Maliki, Fang et les chats contre le mur le plus proche.
"Pas de chance... Elle a découvert ce qu'est le rhume... Dit Maliki encore encastrée dans la cloison."
Après que tout le groupe se soit décollé du mur, Maliki expliqua :
"Pas terrible ce ''atchaaa'' comme premier mot. Maintenant que tu as une bouche, Lady, tu peux nous parler !"
Et c'est ce qu'elle tenta de faire, sans succès. Son essai n'était pas sans rappeler Fëanor tentant d'exprimer sa faim à une Maliki affamée devant le frigo ouvert. Mais un son parvînt enfin à sortir :
"Aaaaaahaaaaaaaeuh... Euhaaaheuaheuha !
-O.K... On est bon pour une séance d'orthophonie... se résigna Maliki."
Alors que la nuit était déjà à son milieu, Maliki et Lady (qui s'était mis une doudoune) étaient toujours en séance de diction. À un moment Ladybird fit une moue et tira la langue en faisant "Pouah!". Maliki renifla en cherchant d'où venait la source et constata : Fleya venait de déféquer dans sa litière, la poubelle n'était pas sortie, la tuyauterie refoulait encore des odeurs d'égouts...
"Désolée de te faire profiter des inconvénients de l'odorat, s'excusa Maliki en se levant. Je vais chercher un désodorisant pour que tu..."
Tout à coup, Lady fit un mouvement brusque de la tête. Sa peau rose pâle se mit à blanchir de plus en plus. Ses lèvres et son nez commençaient à s'estomper doucement.
"Zut ! Le produit a déjà été dégradé par ton corps !"
Malgré le retour progressif à son état d'origine, Ladybird parvînt à articuler une ultime phrase avec ce qu'il lui restait de bouche, une larme coulant le long de la ligne noire de sa joue :
"Ze t'aine !"
Et après un flash de lumière vive et douce à la fois, Savage Ladybird avait reprit sa forme de Stand. Elle fixa Maliki avec un regard attristé, et attristant.
"Je sais, Lady, acquiesça Maliki avec de l'émotion dans la voix. C'est passé trop vite. On n'a pas eu le temps d'enrichir sérieusement ton expérience en tant qu'humaine. Mais ne t'en fais pas, ma belle, je récréerai de nouveau la formule. Seulement il me faudra du temps, beaucoup de temps pour les essais..."
Ladybird lui sourit sans bouche, ferma ses yeux félins et rentra sous forme éthérée en Maliki pour se reposer.
To be continued